• La révolution, c'est pour demain ?

     

    Quelques réflexions inspirées du très brillant et stimulant spectacle théâtral "Ça ira 1 – fin de Louis", écrit et mis en scène par Joël Pommerat.

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    La principale réussite de cette pièce, c'est qu'elle plonge le spectateur de manière très réaliste et vivante dans l'effervescence de la révolution, dans ce que les acteurs de la révolution ont vécu. Le spectacle s'appuie fidèlement sur des faits historiques qui appartiennent aux 2 premières années de la révolution française (1788-1790), mais ce n'est en aucun cas un spectacle historique : les personnages ne s'appellent pas La Fayette, Bailly ou Robespierre ; et les costumes des comédiens sont ceux de l'occident contemporain. La réussite de ce spectacle c'est qu'il nous met face au caractère presque intemporel du phénomène révolutionnaire. Il passe en revue toutes les questions et situations auxquelles ont été confrontés les hommes1 de 1789, emportés dans un élan révolutionnaire que personne ne maîtrisait. Mais l’effervescence dans laquelle le spectateur est plongé est peut être tout autant celle de la révolution française de 1789, que celle de la place Tahrir en 2011, ou celle de la révolution française de demain...

     

    Oui. Et si nous vivions sans le savoir sous ce les générations futures appelleront "l'Ancien Régime" ? Et si dans 1 mois, dans 7 mois, dans 22 mois, sans que personne ne l'ait vu venir, s'engageait en France un processus révolutionnaire, conduisant à de nouvelles institutions, une nouvelle société ? Je ne suis pas (seulement) en train de rêver ! La leçon de l'Histoire, c'est que l'Histoire n'est pas écrite, et que personne n'en maîtrise le cours. Des ruptures se sont produites par le passé : le cours historique d'une société s'est soudain perturbé et la société toute entière s'est trouvée entraînée sur un tout autre chemin. Si les différentes révolutions historiques ont pu avoir des ingrédients relativement similaires, le point de départ de la discontinuité, lui, n'est pas déterminé d'avance. On ne sait pas quand ça commence. L'étincelle se produit sans qu'on s'y attende. Mais après elle, plus rien n'est comme avant...

     

    Eh bien, il n'est pas insensé d'affirmer qu'il peut se produire d'autres révolutions à l'avenir, y compris chez nous. D'autant moins insensé que certains ingrédients sont déjà dans le saladier2... Dès lors, il n'est pas non plus insensé de se poser la question, qui est au final celle qu'à travers son spectacle M. Pommerat pose à son spectateur : que ferais-je si une révolution se déclenchait demain ? Que ferions-nous ? Que ferons-nous ?

     

    °°°°°

    1 A l'époque les acteurs de la révolution étaient presque uniquement des hommes. Joël Pommerat lui confère son caractère moderne notamment en mettant en scène des hommes ET des femmes.

    2 Le début de "Ça ira" a un relent de modernité tout à fait saisissant : le ministre y expose les chiffres de la grave crise financière à laquelle est confronté l'Etat. Mais M. Pommerat n'a rien inventé : j'ai vérifié dans mes livres d'histoire, la révolution a bien commencé comme cela ; c'est la crise financière qui a conduit à la réunion des États Généraux en 1789, à la formation de l'Assemblée Nationale et à l'abolition des privilèges.

     


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