• Les ressorts de la règle d'or

     Mettre en œuvre la règle d'or suppose plusieurs choses : le fait de penser à l'autre, d'être en empathie avec lui ; d'être prévenant ; et aussi, dans le fond, de se sentir d'égal à égal avec l'autre.

     

     

     Élargir son champ de vision

    C'est le premier ressort de la règle d'or. Elle commence en effet par le fait d'être attentif à l'autre, de le voir, de penser à lui, penser qu'il existe. Elle sous-entend que l'on voie au delà de son propre nombril ! Que l'autre compte pour moi (c'est à dire le contraire de l'indifférence).

    C'est quelque chose que nous faisons déjà tous naturellement dans notre vie quotidienne. Par exemple : quand, en voiture, nous regardons dans le rétroviseur avant de faire une marche arrière (nous sommes soucieux de la sécurité des autres). Ou quand nous regardons dans quel sens est la file d'attente devant l'étal du poissonnier, pour ne pas passer devant tout le monde (civilité) ; ou quand nous entrons dans un bâtiment et que nous nous retournons pour voir si quelqu'un ne vient pas immédiatement derrière nous, pour lui tenir la porte ouverte (courtoisie).

    L'empathie

    Non seulement nous pensons à l'autre, mais nous nous mettons à sa place ; nous nous relions à ses besoins. C'est là qu'intervient l'une des facultés1 les plus précieuses qui soit en l'homme : l'empathie.

    C'est l'empathie, qui spontanément, intérieurement, nous incite non seulement à ne pas faire de mal à une autre personne, mais à essayer de lui faire plaisir, de lui être agréable, de l'aider dans la difficulté. C'est l'empathie qui nous fait, naturellement, inconsciemment, répondre par un sourire à un sourire qu'on nous envoie... L'empathie c'est ce lien invisible qui nous relie les uns aux autres. L'empathie nous rappelle notre commune humanité. Notamment lorsqu'il s'agit d'aider ou de secourir : nous pensons à l'intérieur : "ça pourrait être moi".

    L'égalité entre les hommes

    La règle d'or efface les différences avec l'autre, les distinctions. Elle suppose que ces différences, bien réelles, ne sont pas une raison pour se comporter mal ou moins bien avec l'autre. Elle suppose que je ne fais pas, au fond, de différence entre lui et moi. La règle d'or met l'autre sur le même pied d'égalité que moi ; il est un autre moi-même. Elle nous ramène à notre condition commune, celle d'être simplement, tous les deux, des êtres humains.

    La réciprocité

    La règle d'or, n'est pas une injonction du genre "faites ceci" ou "faites cela". Elle répond au principe tout bête de la réciprocité, et nous renvoie d'abord à nos propres besoins ("comme tu voudrais que l'on se comporte envers toi").

    Si, de manière générale, vous avez un besoin particulièrement prégnant de reconnaissance, ou de bienveillance ; s'il est important pour vous qu'on vous respecte, ou que l'on soit sincère avec vous, la règle d'or vous invite à exprimer de la reconnaissance aux autres, à être respectueux, bienveillant ou sincère avec eux. En clair : vous contribuez à ces besoins là chez l'autre. Et même plus : vous les prévenez (prévenance). Par exemple, vous n'attendez pas que l'autre vous dise "j'aimerais me sentir en sécurité sur la route" pour conduire civilement ; vous n'attendez pas que l'autre vous dise "j'aimerais garder la maison propre" pour proposer d'enlever vos chaussures en rentrant chez lui.

    La règle d'or revient en fait à intérioriser les besoins de l'autre, par écho avec nos propres besoins. Elle repose sur cet autre ressort : les besoins humains sont universels ; l'autre a les mêmes besoins que moi2 !

    Le désintéressement

    Cette réciprocité qui est au cœur de la règle d'or peut constituer un élément motivant pour la mettre en œuvre dans notre vie quotidienne. On peut se dire en effet que si l'on se comporte agréablement, civilement, envers les autres, probablement qu'ils seront portés à se comporter eux aussi agréablement envers moi (et envers les autres)... Mais attention, si la réciprocité peut nous motiver à mettre en œuvre la règle d'or, elle n'est pas une raison ! On n'applique pas la règle d'or pour obtenir en retour que l'autre se comporte bien avec nous !

    D'une part, ce retour est probable, mais pas certain... Et d'autre part, appliquer la règle d'or, se comporter agréablement envers les autres, c'est comme faire un cadeau à l'autre, ou lui faire plaisir : c'est un geste désintéressé ! On le fait parce que cela nous est naturel de nous comporter comme cela, que cela nous paraît normal, ou parce que cela nous fait plaisir, tout simplement, de faire plaisir aux autres. Sans rien attendre en retour. La règle d'or n'est certainement pas de l'égoïsme déguisé ! C'est bel et bien de l'altruisme3.

    La propagation de la bienveillance

    Vous connaissez certainement la loi du talion, qui s'exprime ainsi : "oeil pour oeil, dent pour dent", mais que l'on pourrait aussi formuler comme cela : "fais à autrui le mal qu'il te fait" ! La règle d'or c'est tout le contraire : "fais à autrui le bien que tu voudrais que l'on te fasse, indépendamment de ce qu'il te fait". Alors que la loi du talion est la loi de la perpétuation de la violence4, la règle d'or, elle, va même au delà de la non-violence : c'est la règle éthique de propagation de la paix et de l'harmonie, pour ne pas dire de l'amour... Il y a en effet comme un pari derrière la règle d'or : on a confiance, on croit que si l'on se comporte agréablement, civilement, envers les autres, les autres aussi seront portés à se comporter eux aussi agréablement envers moi et envers les autres5.

    Une règle qui n'est pas facile à suive !

    Règle évidente, loi naturelle, la règle d'or n'est cependant pas si évidente que cela à mettre en pratique !

    Être ouvert aux autres

    La première difficulté est de se tourner vers l'autre, vers les autres. On voit bien que cela n'est pas toujours facile ! Quand nous sommes par exemple en situation de stress, en colère, ou triste, il est dur de "décoller" de notre ressenti et d'être ouvert à l'autre ; et plus encore de faire attention à lui. Dans ces situations, nous avons déjà du mal à être en empathie avec nous-même, alors avec quelqu'un d'extérieur...

    Mais même quand rien ne s'oppose à ce que je ressente de l'empathie pour l'autre, cela ne se commande pas : je suis en lien avec l'autre, ou je ne le suis pas.

    Mais, au delà de ça, ce qui va conditionner que je me comporte avec l'autre comme j'aimerais que l'on se comporte avec moi, ce qui va m'amener à le traiter comme moi-même, ou comme mon frère, c'est de reconnaître qu'en quelque sorte l'autre est un autre moi-même ; de considérer qu'il est aussi important que moi. Voilà qui est difficile !

    Vous allez me dire "C'est trop demander ! Mais qui est l'autre, pour mériter une telle attention, un tel soin de ma part ?! Je veux bien être gentil pour ma famille, mes amis, mais les autres, dans la rue, je ne les connais pas ! OK pour la règle d'or, mais pas avec n'importe qui !".

    La règle d'or, avec n'importe qui ?

    "Je suis gentil et serviable avec mes voisins, mais pas avec les arabes du 3ème"... Dans cet exemple, le problème n'est pas tant que ceux du 3ème étage soient "arabes", que le fait que je les ressente comme profondément différents de moi. C'est de la xénophobie : l'autre m'est étranger ; il y a trop de distance entre lui et moi.

    Il nous est naturellement plus difficile de nous comporter agréablement envers autrui si nous avons l'impression qu'il n'est pas comme nous, qu'il est différent. Et inversement : nous sommes plus enclins à aider quelqu'un dont nous sentons proches (même génération, même travail, même milieu socio-culturel, même quartier, mêmes opinions politiques...). La distance entre moi et l'autre, réelle ou ressentie, est un paramètre décisif dans la mise en pratique de la règle d'or. Il y a comme une condition de proximité ou de similarité à l'application de la règle d'or. On limite de fait son application à ceux qui nous semblent dignes de recevoir notre attention et nos bons soins.

    Certaines religions ont d'ailleurs fixé explicitement une condition de similarité, en colportant la règle d'or sous une forme du genre "fais à ton frère ce que tu voudrais que l'on te fasse". Dire "ton frère" au lieu de "l'autre", cela change tout ! Le "fidèle" suivra la règle d'or vis à vis de ses frères en religion, ses coreligionnaires, mais il n'aura aucun scrupule à massacrer ceux qui ne partagent pas la même religion...

    De même, quand on dit "fais à ton frère...", on ne dit pas "fais à ta soeur ce que tu voudrais que l'on te fasse" !! Dans certaines sociétés, la religion dominante peut prôner la règle d'or, mais les femmes n'auront pas droit à la même considération que les hommes, et même à la considération tout court...

    Les institutions, les cultures dominantes d'une société posent une limite à l'application de la règle d'or.

    Des frontières partout...

    Je crois que les hommes sont très doués pour créer des catégories, et s'enfermer dedans. On forme des sortes de clubs : le club des blancs, le club des jeunes du quartier de X, le clubs des patrons, le club des chrétiens orthodoxes, le club des gens de gauche, le club des classes populaires, le club des intellectuels, le club des gothiques, le club des civilisés, etc. On est très forts pour ériger des murs, des frontières, là où il n'y en a pas. Et une fois que la frontière est posée, c'est bien simple : il y a ceux qui sont d'un côté et ceux qui sont de l'autre ; ceux qui sont dedans et ceux qui sont dehors. Avec, pour ceux qui sont dedans, un très fort sentiment d'appartenance au club, et une tendance à rejeter, dénigrer ceux qui sont de l'autre côté ; à transformer la différence en hiérarchie (les blancs sont meilleurs que les autres ; les Sharks sont plus forts que les Jets ; les femmes doivent être dominées ; etc.). Nous sommes dans une logique d'opposition : "Sois tu es avec moi, sois tu es contre moi"

    Des frontières nulle part...

    La règle d'or nous invite à une posture tout à fait différente. Elle nous invite à ne pas tenir compte des différences ; à avoir le sentiment d'appartenir au même club que l'autre : celui des êtres humains !!

    Quand on dit "comporte toi envers autrui...", cela devrait valoir pour n'importe qui. Sans qu'il soit nécessaire de le connaître ! La règle d'or doit selon moi être entendue dans un sens large, celui qui nous ramène, l'autre et moi, à notre condition commune d'être humain. Sans autre distinction. Cela revient à reconnaître que l'autre, quel qu'il soit, est comme moi. Malgré le fait qu'il est forcément différent... C'est bien cela qui est difficile !

    Il est d'autant plus difficile de se comporter avec autrui comme on aimerait que l'on se comporte avec nous que la distance, la différence entre l'autre et moi, est importante. Il est plus difficile de se relier à lui. Difficile pour l'ouvrier mosellan d'être en empathie avec le paysan du Gers ou de l'Equateur !

    On peut voir cependant qu'à l'heure de la circulation sans précédent des informations à travers le monde, il nous est beaucoup plus facile de nous relier à nos frères et soeurs sur les 5 continents. Et si la règle d'or vaut quand on est en relation avec l'autre, il est indéniable que le développement de ces technologies a facilité notre prise de conscience que nous sommes effectivement en relation les uns avec les autres, malgré les grandes distances qui nous séparent (géographiques mais aussi culturelles, économiques,etc.). Chacun a conscience aujourd'hui que ses comportements alimentaires ou vestimentaires, par exemple, ont des conséquences sur la vie d'autres personnes à l'autre bout de la Terre. Nos vies sont liées ! La règle d'or peut aussi me conduire à orienter différemment mes comportements pour tenir compte de ces personnes. Sans les connaître ! Simplement par empathie...

    Au delà des humains

    Et même, je me plais à constater que, du fait de l'empathie que la plupart des humains éprouvent naturellement pour les animaux, nous appliquons parfois la règle d'or avec eux ! (avec nos animaux de compagnie mais aussi avec les moineaux en hiver, les animaux blessés...). Nous les jugeons dignes d'attention.

    Je trouve cet état de fait intéressant ; il nous montre que nous avons au fond de nous conscience d'avoir quelque chose en commun avec les animaux (le fait d'être simplement des êtres vivants), et que ce point commun peut nous conduire à vouloir leur faire du bien, à vouloir leur bien... Et déjà, comme la formulation négative de la règle d'or nous y invite, à réprouver, voire à réprimer le fait de leur faire du mal6.

    En poussant encore plus loin la réflexion, on voit que la question écologique a à voir avec la règle d'or. Déjà, dans la phrase "comporte toi envers autrui", on peut se dire que l'autre c'est aussi celui qui va venir, les fameuses générations futures. On peut donc avoir envie de contribuer aujourd'hui à ce qu'elles vivent bien, dans un environnement préservé. Mais on peut voir aussi que l'on respecte la nature, que l'on est respectueux avec elle, parce que l'on se sent en lien avec elle. Comme une forme d'empathie.

    Moi d'abord !

    Mais revenons aux difficultés d'application de la règle d'or. Même si j'ai reconnu en l'autre mon frère, ou ma soeur, la règle d'or risque de m'amener à une situation dans laquelle je devrais satisfaire simultanément mes besoins et ceux de l'autre. Et ça aussi c'est difficile. C'est que la règle d'or vient en butée contre une autre loi naturelle : celle de l'ego, qui fait que je me place devant les autres, que je fais passer mes intérêts, y compris les plus minimes, devant et avant ceux des autres.

    Y compris au sein de la famille, avec nos proches, c'est à dire ceux dont nous sommes les plus proches, avec ceux qui nous sont les plus chers, qui comptent le plus pour nous. C'est naturellement, logiquement envers eux que nous sommes enclins à donner le meilleur, et à mettre en œuvre la règle d'or. Mais nous avons aussi nos besoins à nous, et ils sont parfois contradictoires avec les intérêts et les besoins de nos proches. La règle d'or suppose que je place les besoins de chaque membre de la famille au même niveau que les miens. Par exemple, à un instant donné, "A" est aussi légitime à vouloir se reposer, que "B" l'est à avoir envie de se divertir, et que "C" l'est à vouloir manger ! Il n'est pas toujours facile de savoir comment composer ses besoins et envies avec ceux des autres. La CNV peut nous aider à cela.

     

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    1  Faculté qui, soit dit en passant, nous distingue des autres animaux, à l'exception de nos "cousins" les grands singes, doués eux aussi d'empathie pour leurs semblables. Les zoologistes rapportent même des cas, rares, d'animaux ayant fait preuve d'empathie vis à vis d'un animal d'une autre espèce (notamment un hippopotame essayant de sauver une antilope attaquée par un alligator).

    2  C'est ce que j'ai appris dans mes formations en CNV et que j'ai pu vérifier par la suite.

    3  L'altruisme n'est pas le contraire de l'égoïsme (ce qui se traduirait ainsi : "Je ne pense qu'aux autres", ou "Je pense aux autres en premier"). L'altruisme, c'est "Je pense aux autres ET à moi-même".

    4  On dit souvent de la violence qu'elle est aveugle car elle est souvent une réaction irréfléchie ; on agit violemment en ignorant les conséquences de notre comportement. On est aveugle parce qu'on ne voit pas le mal que l'on fait à l'autre. Le lien d'empathie est coupé. On attribue d'ailleurs à Ganhdi cette citation que je trouve très parlante : "Un oeil pour un oeil, et tout le monde sera aveugle" ! ("an eye for an eye will make the whole world blind").

    5  Et si la bienveillance mutuelle ne se propage pas aussi vite qu'on peut l'espérer, cela n'est pas une raison pour abandonner la règle d'or ! Ce n'est pas parce que vous avez l'impression que ça ne sert à rien qu'il faut arrêter de jouer !

    6  Voir le cas récent d'un jeune homme condamné par la justice pour avoir fait subir des sévices à un chat (vidéo postée sur Internet).

     


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