• Moralisation ou auto-limitation de la société ?

     

     

     

     

    Voyant les conséquences de l'affaire Weinstein, certain.e.s hurlent à la moralisation, au puritanisme, aux retours des ligues de vertu. Mais personnellement je ne vois rien de mal à la moralisation de la société ni à la vertu ! Elles ne sont en effet que la formulation explicite dans la société de ce qui est bien et de ce qui est mal (voir l'article Ethique et morale). Il y a beaucoup de domaines dans lesquels il est difficile de trancher cette question mais celui des violences faites aux femmes n'en fait pas partie ! Ces violences sont clairement dans le camp du mal ; elles sont injustifiables et inacceptables !

     

    Par ailleurs, ce qui s'exprime à travers la parole de ces milliers de femmes, ce n'est pas une morale arbitraire, sortie du chapeau, comme "il faut manger du poisson le vendredi" (c'est bien) ou "il ne faut jamais manger de porc" (c'est mal). Ce n'est pas non plus une vue de l'esprit, ce n'est pas une idée ; c'est du concret ! Ce qui est en train de se construire c'est une morale dont le but est :

     

    • de protéger des personnes contre des atteintes réelles à leur intégrité physique et/ou psychique,

    • et, plus globalement, de permettre aux femmes de vivre en paix au sein de la société, et aussi d'être sur le même pied d'égalité avec les hommes.

     

    De par ses enjeux importants, cette morale a une totale et entière légitimité. La société se devait de rappeler plus clairement quels sont les comportements qui ne sont pas acceptables.

     

    Celles et ceux qui crient au moralisme sont pour moi dans la posture de l'enfant ou de l'adolescent qui refuse les limites, les règles, et qui rêve d'une totale liberté, oubliant qu'il n'est pas tout seul sur Terre.

     

     

     

    On entend aussi dans le débat des personnes qui défendent cet ordre établi depuis des siècles ; qui minimisent, banalisent, tolèrent voire acceptent les violences faites aux femmes, et spécialement les violences sexuelles.

     

    Curieusement, ce parti compte une certaine proportion de femmes : voir la tribune publiée par certaines personnalités féminines dans le journal "Le Monde" le 9/01/18 : "Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle"1.

     

    Les auteurs de cette tribune fustigent les féministes, qui seraient animées par une "haine des hommes et de la sexualité".  C'est de la caricature ! En tous cas, le fait que certaines femmes, après avoir été agressées sexuellement, puissent ressentir une certaine haine pour la gent masculine et un certain dégoût pour la sexualité me paraît tout à fait compréhensible ! On ne va pas leur reprocher...

     

    Mais, justement, cette tribune reproche aux victimes de se sentir victimes... C'est un peu le monde à l'envers ! On ne doit reprocher à personne de dénoncer des comportements inacceptables et répréhensibles, et encore moins reprocher aux victimes de dénoncer les violences qu'elles ont subi ! A l'inverse, la tribune dédouane totalement les auteurs d'agressions, occultant leur responsabilité, comme si leurs agissements n'avaient pas de conséquences, ou alors des conséquences anodines... Et enfin, confondant agression sexuelle et drague, cette tribune accorde aux hommes la liberté d'importuner les femmes ; sous prétexte que "la pulsion sexuelle est par nature offensive et sauvage"...

     

    Si ce texte offre quelques contrepoints intéressants dans le débat, cette dernière position me paraît totalement délirante ! Car en contradiction totale avec cette règle pour moi fondamentale et incontournable : "La liberté des uns s'arrête là où commence celle des autres"... On ne peut octroyer à personne le droit d'emmerder les autres ! Et surtout pas le droit de commettre des violences.

     

     

     

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    1 Voir aussi la réaction formulée le lendemain par plusieurs féministes, avec laquelle je suis en phase : "Les porcs et leurs allié.e.s ont raison de s’inquiéter".