• QUAND ?

     

    La véritable question c'est QUAND. QUAND est-ce qu'on va enfin avoir le déclic ? QUAND est-ce qu'on va décider de s'y mettre ? QUAND est ce qu'on va enfin changer ?

     

     

    De QUOI je parle ? Mais de la métamorphose pardi ! De la décroissance ! De s'engager fermement, résolument dans ce processus. D'opérer un "saut qualitatif" dans l'histoire de l'humanité1 !

     

    A la fin des années 90, quand on parlait de la lutte contre le changement climatique, on disait dans le milieu écolo "il faut que l'on ait amorcé le virage d'ici 10 ans". "Sinon, rester sur la trajectoire actuelle d'émission de gaz à effet de serre nous entraînera vers une élévation globale de la température du globe insoutenable, avec des conséquences extrêmement dramatiques sur le milieu naturel et sur l'humanité".

     

    Au début des années 2010, les experts du GIEC et les assos écolos disaient encore, plus publiquement cette fois : "il faut absolument que l'on ait amorcé le virage d'ici 10 ans si on veut pouvoir limiter la hausse de la température de 2°C"

     

    En 2018, le "jour du dépassement"2 a été atteint le 1er août, alors qu'il était estimé le 30 septembre en 1998. Nous avons perdu 2 mois de viabilité écologique en seulement 20 ans… Et les assos écolos disent toujours "Il nous reste une décennie pour inverser la tendance, ou l'on risque de laisser une Terre très dégradée aux générations futures.3"...

     

    Voilà, le temps passe mais le virage n'est toujours pas amorcé...

     

    Alors, oui, la vraie question, la question primordiale de l'humanité en ce mois d'août 2018, c'est QUAND. QUAND est ce qu'on va enfin amorcer ce putain de virage ?! QUAND est-ce qu'on va enfin se décider à prendre soin de l'avenir de nos enfants et des générations futures ? QUAND va-t-on sortir de ce modèle absurde, inique et suicidaire4 ?

     

    Ou, pour celles et ceux qui aiment les chiffres : COMBIEN ?

     

    COMBIEN de degrés allons-nous devoir / pouvoir supporter l'été prochain ? 40 ? 45 ? (attention la fièvre !) COMBIEN de jours consécutifs de canicule faudra-t-il pour que l'on réalise qu'il y a un problème ? 30 ? 60 ? COMBIEN de jours dans l'année en pic de pollution atmosphérique ? (l'ozone l'été, les particules l'hiver...) COMBIEN de morts, COMBIEN de déplacés par les catastrophes climatiques ? (incendies du siècle, mousson du siècle, cyclone du siècle, sécheresse du siècle...) COMBIEN de cancers avant que l'on arrête de s'intoxiquer ? COMBIEN d'espèces animales disparues ? COMBIEN de mètres carrés de sol naturel irrémédiablement bétonnés ? COMBIEN de barils de pétrole devra-t-il nous rester en réserve avant que nous réalisions que changer de modèle est impératif ? COMBIEN de millions d'euros de salaire pour les patrons du CAC 40 et les traders de la bourse avant que l'on se dise tous "non, ce n'est pas acceptable, il faut mettre autre chose à la place" ?

     

    Oui, dans le fond, la vraie question est QUAND. Parce que les autres questions ont déjà leurs réponses.

     

    POURQUOI ? Voilà une question facile ! Parce qu'on va dans le mur ! Parce que l'on scie la branche sur laquelle on est assis. Rien de plus, rien de moins. Tout simplement, parce que ça va faire mal... Il faut admettre que nos sociétés sont profondément malades, atteintes d'une maladie chronique5. [Plus de développements dans les articles La métamorphose, pourquoi ?, Catastrophisme, et Catastrophisme 2 - Le retour. ]

     

    La métamorphose POUR QUOI ? Pour limiter les émissions de gaz à effet de serre, préserver le climat, préserver les ressources en eau et l'air que nous respirons, préserver la biodiversité et le milieu naturel, les mers, les plaines, les dunes, les montagnes, les campagnes... Pour vivre en paix. Pour préserver la justice sociale aussi et la possibilité pour chaque être humain de vivre dignement. Et aussi pour augmenter la résilience de nos sociétés aux chocs des changements que nous avons déjà initiés...

     

    QUI ? Tout le monde ! Tout le monde doit s'engager dans la métamorphose. Car tout le monde est concerné, tout le monde est impliqué, tout le monde est complice du désastre actuel6.

     

    J'ai dit "quand va-t-on se décider à agir ?". Eh bien, ça devrait être une décision collective. Que tout le monde dise simultanément "oui, on y va !". Il ne faut pas attendre éternellement des décisions venues d'en haut, du politique ; il faut les réclamer à corps et cris et, en parallèle, s'engager fermement à son niveau (voir l'article Les 3 niveaux). La métamorphose devrait être un projet collectif. Rechercher la viabilité écologique de la vie sur Terre ne devrait pas être la préoccupation de quelques uns, plus sensibilisés que les autres à ces questions ; ça devrait être le projet de chacun, le projet prioritaire de notre société. La mobilisation générale ! L'impulsion pour une autre vie, un autre avenir ensemble.

     

    OÙ ? La métamorphose doit être engagée ici, en France, mais aussi au Chili, au Zimbabwé, en Inde... C'est un lieu commun aujourd'hui que de dire que le problème écologique doit être traité à l'échelle planétaire, par l'action concourante de tous les pays. C'est aussi, évidemment, une difficulté. Puisque chaque pays n'en est pas au même stade, ni n'a la même appréhension / conscience des questions écologiques, économiques, sociales. Mais il ne faut pas en faire un argument pour l'inaction, attendre que l'autre s'y mette le premier... Le maître-mot de la métamorphose, c'est "volontarisme". Il y aura des pionniers et des suiveurs. L'essentiel c'est qu'il y en ait qui commencent par y aller vraiment. Le sursaut des uns devrait motiver les autres à s'engager dans la foulée.

     

    COMMENT on fait ? Soyons honnêtes, c'est la question la moins facile...

     

    J'ai parlé d'y aller vraiment, alors clarifions tout de suite : je ne parle pas de "développement durable" ou de "transition énergétique" comme l'entendent les officines gouvernementales et les grandes entreprises. Ca, c'est de la gnognotte... De la poudre aux yeux. Ce n'est clairement pas suffisant, pas à la hauteur des enjeux, pas assez radical, pas assez drastique7 ; Ce n'est pas parce que le gouvernement français s'est doté en 2017 d'un "ministère de la transition écologique et solidaire" que ça y est, la transition est réellement engagée et que l'avenir de nos enfants est assuré. Je ne crache pas totalement sur ce qui est fait, c'est mieux que rien ; mais ça ne va pas assez loin, pas assez vite, pas assez profond. Ca ne peut pas marcher tant que ce projet affiché de "transition écologique et solidaire" ne sera pas au centre du projet gouvernemental, tant qu'il devra cohabiter et se heurter avec ce qui est aujourd'hui l'objectif principal de ce gouvernement et des autres : la croissance économique... Les deux sont clairement contradictoires, QUAND va-t-on enfin l'admettre, et choisir... ? Le virage, c'est ça...

     

    Il ne s'agit de rien moins que de sortir de la société de consommation et d'un développement basé sur la croissance du PIB. De quitter la piste délétère que nous empruntons, dans laquelle l'abondance matérielle (réelle ou désirée...) se confond illusoirement avec le bonheur. Il s'agit de choisir une autre voie, celle de la sobriété heureuse, comme dit Pierre Rabbhi8.

     

    Alors, oui, la question du COMMENT est complexe. Parce que la métamorphose implique une transformation radicale d'une multitude de choses qui structurent nos existences et le destin collectif. Et notamment une transformation radicale de la façon dont nous subvenons collectivement à nos besoins (l'économie) et, plus globalement, de notre mode de vie.

     

    J'ai développé dans un vieil article les 3 axes stratégiques de la métamorphose. Je crois que le troisième axe - la décolonisation de l'imaginaire – constitue probablement un préalable pour les deux autres axes – les alternatives pratiques et les décisions politiques, et un préalable aussi à l'adhésion du plus grand nombre au projet et à la mobilisation générale. Car c'est dans la tête que ça se passe9 ! Je me demande d'ailleurs si la métamorphose ne passe pas par le fait de payer à toute la population plusieurs séances chez le psy !

     

    Et je me demande aussi depuis longtemps si, tout bien pesé, le projet sorti de l'imagination du dessinateur Gébé en 1971 – "On arrête tout, on réfléchit, et c'est pas triste" – n'est pas la solution la plus pertinente. Organiser une sorte de grève générale, sans revendication autre que celle de prendre le temps de s'occuper des choses sérieuses, de réfléchir ensemble, de reprendre les choses en main pour modifier la trajectoire commune et éviter le mur, et reconstruire un autre avenir, une autre société10.

     

    Bien sûr, avant même de parler du COMMENT, on va me rétorquer que la métamorphose n'est qu'utopie et idéalisme. A ceux-là je demanderai de méditer la citation attribuée à Théodore Monod : "l'utopie, ce n'est pas l'irréalisable, mais l'irréalisé". Et j'ai envie aussi de leur dire aussi la phrase que je répète tous les jours à mon fils de 5 ans : "Avant de dire 'j'y arrive pas', il faut essayer !"

     

    Parce qu'il est de notre responsabilité collective de prendre ce virage. Ce n'est pas une obligation ; dans l'absolu nous sommes libres de continuer à foncer dans le mur... Mais cela serait on ne peut plus déraisonnable, et moralement inacceptable. Ce moment historique que j'appelle de mes vœux, c'est peut-être justement le moment pour nous, l'humanité, de quitter le stade de l'enfance inconséquente et irresponsable et de devenir responsables. De nous fixer à nous-mêmes des limites. De devenir adultes en somme... Passer à un autre stade. Grandir...

     

    Si la métamorphose est une évolution volontaire dictée par la nécessité, elle n'en reste pas moins, j'en suis persuadé, une formidable opportunité. Une occasion unique de redonner du sens et de la joie de vivre, et de réenchanter ce monde cynique et matérialiste. QUAND ?

     

     

     

    °°°°°°°°°°°°

     

    1 Si la mise en place de lois est très ancienne (voir par exemple en Mésopotamie le code d'Hammurabi, daté du 18ème siècle avant JC), la mise en place de la démocratie athénienne au Vème siècle constitue pour moi un saut qualitatif dans l'histoire de l'humanité, avec l'invention et la mise en œuvre d'un principe d'auto-limitation et d'auto-gouvernement de la société. Il s'agit aujourd'hui d'aller plus loin dans cette direction.

     

    2 Voir la page du WWF, organisme à l'origine de cette notion : WWF - jour du dépassement

     

    3 Je cite, Pierre Cannet, responsable du programme Climat, énergie et développement durable au WWF France, cité par Le Dauphiné libéré, le 1/08/18. https://www.ledauphine.com/france-monde/2018/07/30/jour-du-depassement-a-partir-du-1er-aout-l-humanite-vit-a-credit

     

    4 J'ai l'impression que l'humanité ressemble à une personne qui sait qu'elle a un cancer du poumon et qui continue malgré tout de se fumer ses 2 paquets par jour. C'est complètement idiot !

    Même si le changement climatique est très probablement déjà engagé, le virage n'en reste pas moins nécessaire pour en limiter les effets (en parallèle et au-delà de la simple adaptation...).

     

    5 Je ne dirai pas que c'est "la crise". Nos sociétés traversent tellement de crises systémiques (économique, sociale, écologique, géopolitique...) et depuis tant d'années que l'on ne devrait plus parler de crise ! La crise permanente ça n'a pas de sens ! On peut parler de crise, mais en lui donnant cette définition : "opportunité dangereuse de changer" ! (la formule n'est pas de moi...)

     

    6 Je m'inclus bien évidemment dans ce on "complice" : je fais partie de la société occidentale et participe bon gré mal gré à la société de consommation. Si je fais des efforts pour limiter mon impact environnemental et vivre en cohérence avec mes valeurs, je suis loin d'être exemplaire.

     

    7 Drastique : "qui exerce une action très énergétique", radical. Du grec drastikos "qui agit" (Le petit Robert, 2004)

     

    8 Les deux termes ne sont pas antinomiques, en tous cas pas plus que développement et durable ! La vraie contradiction est bien celle du mythe de la croissance infinie dans un monde fini ; voilà qui, à terme, n'est pas compatible avec le bien-être de tous.

     

    9 Certains croient certainement que c'est notre inconscient qui nous gouverne (individuellement et collectivement). Je ne sais pas. Mais il s'agit en tout état de cause, avec la métamorphose, que la conscience prenne le dessus. Je crois que c'est possible !

     

    10 J'essaierai de développer cette idée dans un article ultérieur.

     

     


  • Commentaires

    1
    Lundi 3 Septembre à 21:51

    Pure coïncidence, j'ai achevé cet article la veille de l'annonce par Nicolas Hulot de sa démission du poste de ministre de la transition énergétique. Cet évènement m'a poussé à le publier !

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