• Catastrophisme - 2

    La plupart des "anti-écolos" reprochent aux écologistes leur catastrophisme (j'ai encore entendu hier à la radio un philosophe faire ce reproche). Eh bien parlons-en.

     

     

     

    La première chose que l'on peut dire par rapport à cette question, c'est que les écologistes ne sont pas accusés à tort ; oui, les écologistes sont, pour la plupart1, catastrophistes ; et ils le revendiquent, dans le sens où ce catastrophisme constitue en effet un élément décisif, moteur, déterminant de leur action, et affiché comme tel dans leurs discours et leurs écrits. Je renvoie au premier point de vue exprimé sur la question dans  Catastrophisme.

    Mais j'ajoute aujourd'hui ceci, que je n'avais pas bien expliqué dans ce premier texte : pourquoi les écologistes sont catastrophistes ? Cela repose selon moi sur 3 éléments reliés entre eux.

     

    A la base, il y a cet élément essentiel de la pensée écologiste : la conscience (croyance diront certains) que l'homme est totalement dépendant de la nature. Dépendant ne serait-ce que du simple point de vue de nos besoins en matières premières ; à commencer par l'eau et les denrées agricoles. Besoins indépassables, tout le monde devrait en convenir. Mais on peut aussi ajouter l'air (suffisamment) pur, les matériaux servant à la construction de nos maisons, vêtements, objets courant, les matières dont nous tirons de l'énergie, à commencer par l'incontournable pétrole, sur lequel repose toute la civilisation actuelle. Etc.

    Le deuxième élément amenant au catastrophisme est le constat d'une dégradation de notre environnement (pollution de l'eau et de l'air, modification rapide du climat, contraction des écosystèmes et des espèces vivantes, et même raréfaction des ressources minérales) qui est à la fois importante, allant en s'accentuant, et, parfois irréversible.

    Il en découle cette autre conscience (ou croyance encore une fois), celle que si la nature ne se porte pas bien, pour le dire simplement , eh bien "l'homme", l'humanité, ne peut pas bien se porter. Et qu'elle est donc menacée. Menacée par un phénomène qu'elle engendre elle-même... Pour les écologistes1, l'homme coupe la branche sur laquelle il est assis.

     

    Et de là découle la peur (n'ayons pas peur de le dire !) : peur que si les ressources naturelles (au sens large) s'écroulent, que si les écosystèmes s'écroulent, alors l'humanité, les sociétés humaines vont s'écrouleront avec ; et même probablement avant ! (la Terre et les écosystèmes nous survivront probablement...). Peur pour soi, pour ses proches, sa descendance, peur pour l'humanité, peur pour "les générations futures". Oui, ce qui fonde le catastrophisme, c'est bien la peur d'un avenir sombre.

     

    Mais revenons aux anti-écologistes ; s'ils décrient le catastrophisme des écologistes, c'est en premier lieu parce qu'ils ne le partagent pas. Pour eux, pas de catastrophe, ni aujourd'hui, ni demain. Tout va bien. Aucune raison d'avoir peur. Aucune raison de critiquer notre mode de vie. On ne change rien. On peut continuer le "business as usual" sans scrupule et sans tracasserie. Merde aux rabat-joie !

     

    Tout d'abord, les non-écolos ne partagent pas cette conscience de la dépendance qui caractérise les écologistes. Ils voient deux choses bien séparées – l'homme et la nature – quand les écologistes en voient une insérée / enchâssée à l'intérieur de l'autre. Je vois personnellement dans cette non-conscience une autre croyance : celle que les sociétés humaines vivent quasiment "hors sol". En quasi autonomie. C'est une des caractéristiques majeures de notre civilisation occidentale moderne de nous avoir coupé de la nature ; de nous avoir amené à nous considérer comme éloignés et différents d'elle, et aussi à nous considérer plus forte qu'elle, et donc légitime à la dominer et l'exploiter sans limite.

     

    Ou alors, les non-écologistes nient toutes les dégradations actuelles de l'environnement. Elles seraient nulles ou non avenues. Ou alors elles seraient bien plus faibles que les écologistes – qui exagèrent tout – voudraient le faire croire.

    J'avoue ne pas bien comprendre comment on peut penser cela sérieusement, mais je veux bien en discuter ! Pour moi il y a des données fiables sur la question, qui ne laissent pas de doute ; mais je veux bien admettre que l'on ne peut jamais parler de réalité scientifique quand on trouve des scientifiques qui affirment avec une grande conviction, et parfois avec véhémence, tout le contraire de ce que disent leurs collègues... Je veux bien concevoir qu'il soit difficile de savoir qui a vraiment raison, et de distinguer ce qu'est la vérité – si tant est que la vérité une et irréductible existe – mais quand même...!

     

    Ou alors les non écolos croient que les dégradations existent, mais que l'homme n'en est pas responsable. Et donc ils rejettent le discours écologiste qui appelle à une modification collective de notre façon de vivre, à une responsabilisation2 par rapport aux effets de ce mode de vie sur la nature. J'ai envie de répondre à cela que si jamais toute la responsabilité des pollutions n'incombe pas à l'homme (il y en a après tout de naturelles), cela n'empêche en rien d'agir par rapport aux pollutions dont nous sommes directement responsables. Et je ne vois pas de raison sérieuse de nous en priver3. Cela s'appelle "balayer devant sa porte" ! Si l'air était couvert de poussières pendant un moment à cause de l'éruption d'un volcan, on pourrait se poser la question de savoir s'il est possible et pertinent de jouer sur nos propres émissions de poussières, afin de limiter la casse, non ? Ou même si le changement climatique n'est pas de notre fait, sachant que nous contribuons nous aussi à l'effet de serre, allons nous le subir sans rien faire qui puisse en infléchir les effets ? Sans toucher aux leviers qui sont à notre portée ?

     

    Troisième point, les non-écologistes considèrent qu'il y a bien une certaine dégradation de l'environnement (aujourd'hui et demain), mais ils en nient ou en minimisent les conséquences possibles sur les sociétés humaines. Cela renvoie à la non-conscience de notre dépendance, et à la croyance inverse d'une humanité "hors-sol" et / ou toute puissante, dont le génie technologique finira bien par trouver un remède aux problèmes (et du coup, ne nous gênons pas pour polluer si nous savons dépolluer ! Et continuons à mettre des saloperies dans nos assiettes puisque nous savons guérir le cancer ! Enfin, certains... et pour ceux qui peuvent se le payer...). Là aussi, discutons-en !

     

    J'ai parlé jusqu'à présent en termes logiques ; j'ai comparé des points de vue différents sur une situation commune. Mais je note qu'il ne s'agit pas d'une simple divergence de vue entre écolos et non-écolos ; non, le catastrophisme des écolos leur est bel et bien reproché – parfois avec véhémence – par les non-écolos, qui deviennent du coup des anti-écolos. Cette question duu catastrophisme est un des casus belli (avec la culpabilisation2). Ils détestent les écolos pour ça (entre autres !). Les écolos ne devraient pas faire peur. Les anti-écolos ne veulent pas entendre parler de cette peur de l'avenir, qui serait due à la dégradation de l'environnement. Ils n'aiment pas qu'on leur fasse peur ! Ils sont prêts à étouffer les Cassandre et les oiseaux de mauvais augures.

    Pourquoi ?

    Je crois qu'il y a là autre chose que des différences d'idées ou de croyances. Il y a quelque chose qui "brasse" les non-écolos, qui les agite ; en clair, il y a de l'émotion derrière, Et cette émotion, nous l'avons déjà nommée, c'est la peur. Je formule ici l'hypothèse qu'une des causes du reproche fait aux écologistes tient au fait que les non-écolos auraient en fait plus peur de l'avenir que les écologistes.

    Mais là où chez les derniers la peur est consciente, elle serait inconsciente et refoulée chez les premiers. "Une vérité qui dérange" comme dirait l'autre... Dérangeante au point de refuser catégoriquement de la voir, et de l'entendre.

    Mais je vois aussi une seconde cause à ce reproche : un autre motif de peur est la peur du changement ; la peur et donc finalement le refus du bouleversement4 ; et dans le cas présent le refus du changement qu'amène logiquement le discours écologiste : l'évitement de la catastrophe nécessite des solutions radicales, et une modification conséquente de notre mode de vie, et donc de nos habitudes. Ce changement là est trop gros, trop important pour qu'on puisse l'admettre aisément. Il ne peut entraîner que rejet, ou au mieux freins et réticences. Ne pas toucher à notre confort, à nos habitudes, qui nous sécurisent ; l'annonce de la catastrophe est en soi une promesse d'incertitude, or l'inconnu fait peur. Il est incontestablement plus confortable de vivre en niant le mur vers lequel nous fonçons... "Living is easy with eyes closed" chantaient les Beatles5.

     

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    1  Si je puis me permettre de généraliser...

     

    2  Je dis bien responsabilisation ; les non-écolos, eux, parleront de culpabilisation : selon eux, on n'arrête pas de les culpabiliser ! Ca suffit, à la fin ! Laissez-les vivre à leur guise !

    3  De même, ce n'est pas parce que tout le monde se comporte comme des imbéciles qu'on est obligés de faire pareil ! Ce n'est pas parce que presque personne ne respecte les limites de vitesse que l'on est obligé de les dépasser ! Nous sommes libres et responsables de nos choix ! Ne rejetons pas toute la responsabilité sur les autres. Chacun sa part.

    4  On pourrait parler de changement-phobie, en notant que les phobies oscillent toujours entre la peur / la crainte et la détestation... (xénophobie, arachnophobie...).

    5  Ce qui n'enlève rien à la difficile question qui m'agite et me taraude : comment vivre, et vivre bien, vivre au mieux, quand on a conscience qu'une catastrophe se prépare, et qu'elle est même déjà en cours...Mettez en place une cellule psychologique !!


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