• Climato-scepticisme : arguments et contre-arguments

    Ma réponse aux arguments des climato-sceptiques.

     

     

    "Il n'y a aucune certitude scientifique derrière les affirmations du GIEC"

    Les membres du GIEC ne sont sûrs de rien, et ils ne devraient ouvrir la bouche qu'une fois qu'ils seraient parfaitement sûrs de leur fait. J'ai même vu sur un blog quelqu'un affirmer avec une mauvaise foi incroyable que puisque le présent rapport du GIEC confirmait les conclusions de ses rapports précédents, c'est que ces conclusions n'en étaient pas, et donc qu'ils n'étaient sûrs de rien...

    Il cependant évident pour tout le monde que, quel que soit le domaine, les connaissances ne sont jamais arrêtées une fois pour toutes ; elles progressent (et heureusement !). Les études s'accumulent et complètent les connaissances précédentes, les confirment, les contredisent en partie parfois, les affinent, etc. Qu'un rapport en confirme un autre est bien signe de consolidation des connaissances, et pas un argument démontrant leur fragilité.

    Le domaine du changement climatique n'échappe pas à la règle : il est certain qu'il subsiste des incertitudes ! Il faut arrêter d'exiger la certitude scientifique pour tout1 ; c'est une chimère ; elle n'existe pas ! Il est "amusant" que les climato-sceptiques l'exigent du GIEC alors qu'on ne l'exige pas, ou pas avec tant de véhémence, des médecins, des astrophysiciens, ou des hydrogéologues !! (pour ne citer que quelques domaines où les affirmations sont loin d'être certaines...). Dans le domaine du climat comme dans tout autre, on est, à un moment donné, à un certain degré de connaissances et de certitude. C'est de la mauvaise foi de refuser toute incertitude en matière de climat, domaine complexe s'il en est.

    Oui, des incertitudes demeurent, mais, comme on dit en matière judiciaire , il y a un faisceau de preuves, suffisant pour que l'on puisse prendre position, se forger une opinion, une conviction. Il faut se rendre à l'évidence : les éléments en faveur de la thèse du changement climatique anthropique sont plus nombreux que les éléments contraires.

    Il est évident aussi que pour combler les incertitudes résiduelles à un moment donné, il y a bien une part de croyance, de supposition. Il n'y a pas lieu de le reprocher au GIEC : tout cela est bel et bien scientifique ! Science et croyance se complètent, au lieu de s'exclure comme le pensent certains. Les scientifiques n'arrêtent pas d'émettre des hypothèses. Et ils sont obligés d'en faire ! Par rapport à ce dont ils ne sont pas encore bien sûrs, ils sont bien obligés de croire que telle chose se passe comme ci plutôt que comme ça. D'avoir de l'intuition (je sais que ce mot est une hérésie pour les rationnalistes pur jus ; cela ne l'empêche pas d'intervenir dans de nombreux processus mentaux, y compris en sciences...). Je ne crois pas qu'il faille avoir un problème avec les croyances. Une croyance n'est un problème que quand elle ne s'appuie sur peu ou pas de connaissance ; quand elle comble à elle seule le vide de connaissances2.

     

    "Certaines prévisions du GIEC sont erronées ; ses travaux ne sont pas fiables"

    Oui, il est bien possible que certaines prévisions climatiques faites par le GIEC dans ses précédents rapports soient aujourd'hui invalidées. Les phénomènes climatiques sont extrêmement complexes, et la prévision certainement pas fiable à 100 %, ni même 80 %. Il faudrait quantifier le pourcentage d'erreur des prévisions du GIEC (et par la même occasion faire le même travail pour celles de météo France !), et voir si ce pourcentage est rédhibitoire en termes de confiance que l'on peut avoir sur leurs conclusions. J'ai quand même l'impression qu'en bons scientifiques, les chercheurs du GIEC font eux-mêmes ce travail.

    En réponse à un journaliste du Nouvel Observateur, le climatologue Hervé Le Treut évoque les erreurs contenues dans les précédents rapports du GIEC, qui, selon lui, ont été corrigées. Cette correction me semble due à un travail, très sain, d'autocritique et de précaution dans les conclusions tirées. Avant de sortir le rapport, les membres du GIEC examinent et contre examinent toutes les données dont ils disposent. Et je ne doute pas non plus que la lecture très critique du rapport et les travaux menés par leurs détracteurs du GIEC ne soient pour quelque chose dans ce travail d'autocritique. Comme quoi, la critique fait avancer le GIEC !

     

    "Le GIEC dissimule les faits et les études qui sont contraires à sa théorie"

    "La calotte antarctique est en extension alors que le GIEC nous annonce une fonte des glaces généralisée ; la température se stabilise depuis 1997 alors que le GIEC nous dit qu'elle augmente.... "

    De ce que j'ai lu et entendu, je n'ai pas, moi, l'impression que ces sujets soient écartés par le GIEC. Et en tous cas je note que les détracteurs et contradicteurs nombreux du GIEC ne se privent pas de contre argumenter, sur la base d'autres études scientifiques. Et les membres du GIEC répondent. Comme dit plus haut, s'il y a encore des débats ou des incertitudes sur certaines questions, je ne vois pas ce qu'il y a à redire.

     

    "S'il y a un changement climatique il est causé par la nature, pas par l'homme"

    Peut être bien en effet que des facteurs naturels / non anthropiques interviennent (les éruptions volcaniques, une évolution des radiations solaires... ?). Mais qui peut croire que les quantités significatives de gaz à effet de serre émises par les activités soient sans effet sur le climat ? Depuis le début de l'ère industrielle, la concentration en CO2 dans l'atmosphère est passée de 280 ppm à 400 ppm aujourd'hui ; comment croire qu'il n'y a aucun rapport avec les émissions industrielles ? Et comment croire que cette variation significative du taux de CO2 puisse être sans effet ? A la limite, je veux bien concéder que l'homme n'est pas le seul responsable du changement climatique ; mais je maintiens que l'on ne peut nier sa part de responsabilité dans le changement climatique (nuance !). Et cela ne changerait au fond pas grand chose au problème. La question qui se pose est toujours la même 3 : "qu'est ce que nous pouvons faire ? Qu'est ce qui dépend de nous ? Qu'est ce qui est en notre pouvoir ?" Cette question ne peut pas être occultée.

     

    "Le changement climatique, la responsabilité humaine, tout cela n'est pas prouvé. La théorie du changement climatique anthropique est montée de toutes pièces."

    "Le rapport du GIEC n'est pas scientifique ; ses conclusions relèvent de la croyance ; elles sont dictées par une idéologie. Les membres du GIEC sont manipulés. Le GIEC nous raconte des bobards, pour nous faire peur, pour nous culpabiliser, ou nous vendre je ne sais quoi".

    Derrière ces affirmations, il y a clairement une théorie du complot, que l'on retrouve plus généralement vis à vis des discours et messages écologistes : "on cherche à nous faire peur", "on nous culpabilise"4.

    Comment croire que le rapport du GIEC est "sorti du chapeau" ? Que les études scientifiques sur lesquelles il se base soient erronées, falsifiées, voire fictives ?? Moi qui suis un fan de la série "La théorie du complot" (;-), je veux bien croire que les experts soient manipulés ; mais il faudrait me dire par qui ! Qui peut avoir intérêt à colporter l'idée du changement climatique anthropique ? Quelle est la finalité du complot ? Quel est le mobile du crime ?

    Déjà il faut savoir ce que c'est que le GIEC. Comme l'un de ses membres a pu le rappeler sur France Inter, ce sont des centaines de chercheurs de différents pays, qui, chacun de leur côté, et indépendamment les uns des autres, travaillent sur un sujet donné en lien avec le climat (la glaciologie, le cycle de l'eau, la modélisation des émissions de gaz à effet de serre par le monde agricole, etc.) et qui, dans le cadre du GIEC, se réunissent pour regrouper les résultats de leurs travaux, et essayent d'en tirer une vision plus globale concernant le climat. Le GIEC n'est donc pas une organisation en tant que telle,une organisation ayant un plan, un projet, des chefs, une organisation portée par une idéologie, animée d'intentions, voulant délivrer un message pré-établi.

    Pour moi la théorie du complot est on ne peut plus ridicule.

    Quels intérêts pourraient bien servir les membres du GIEC ? Leurs conclusions ne sont guère réjouissantes, et elles entraînent une remise en question extrêmement profonde du mode de vie occidental (voir plus loin). Quel intérêt auraient-ils à apporter de mauvaises nouvelles ?? Franchement, je ne vois pas.

    Certes, la prise en compte du changement climatique et la transition énergétique va forcément profiter à certains (tous les producteurs économiques à faible émission des gaz à effet de serre, que ce soit en matière de transport, de chauffage, d'alimentation, etc.). Mais, je ne vois aucun élément tangible pouvant laisser penser qu'en fait c'est l'union des constructeurs de panneaux solaires ou le syndicat des tisseurs de pulls en laine de chèvre bio qui est derrière le GIEC et qui tient la plume pour rédiger des conclusions, pour pouvoir au final nous vendre ses produits et s'enrichir sur notre dos. Il faudrait déjà que ces acteurs soient organisés et disposent de moyens conséquents pour suborner des chercheurs. Soyons sérieux, tout le monde n'a pas l'envergure des industries de la chimie, du médicament, du pétrole ou des armements...

    L'idée selon laquelle le GIEC un groupe idéologique est tout aussi ridicule. Le GIEC serait le bras armé du parti pour la décroissance ??

    C'est amusant : pour moi, ce sont les affirmations inverses à celle du GIEC ("Il n'y a pas de changement climatique", ou "l'homme n'est pas responsable du changement climatique", "tout cela est monté de toutes pièces") qui sont non scientifiques, basées sur des croyances ou des peurs, et qui relèvent de la théorie du complot... Et là, je vois très clairement toutes les personnes qui ont intérêt à vouloir tuer la "théorie" du changement climatique anthropique et à freiner des quatre fers le projet de la transition énergétique. En fait, peut être bien que la majorité des humains à intérêt à être contre la "théorie" du changement climatique. A commencer par les occidentaux, et les les personnes favorisées au sein des pays "émergents" ou "en développement".

     

    "On nous bassine avec ces histoires de changement climatique"

    "Il y a trop de communication autour du changement climatique et des rapports du GIEC. On en fait trop".

    Je n'ai pas l'impression, moi, que le changement climatique et les rapports du GIEC fassent l'objet de davantage de communication que d'autres sujets. A notre époque le flot médiatique s'écoule à très grande vitesse, et le sujet du jour balaye, téléscope et évacue au loin le sujet d'hier... La preuve : un mois après, plus personne ne parle de ce rapport et du changement climatique ! Tous les sujets traités par les médias ont l'air d'avoir la même importance (les "affaires" impliquant des politiciens, le terrorisme, les bisbilles politiciennes, la guerre en Syrie, le "mercato" pharaonique des joueurs de football...), ce qui tend au final à leur conférer une importance quasi nulle... Le changement climatique n'échappe pas à la règle.

     

    "Après tout, le changement climatique aura des effets bénéfiques"

    "Pourquoi se préoccuper et se plaindre du changement climatique ? Après tout, le réchauffement de la planète serait plutôt bénéfique : la vie pourrait se développer là où elle est impossible aujourd'hui, dans les zones gelées. Regardez le précédent réchauffement climatique de la planète, celui qui a mis fin à la dernière période glacière : sans lui la vie sur le sol français ne serait pas ce qu'elle est aujourd'hui : le blé pousse et les vaches broutent là où il y avait des glaciers avant !"

    Cet argument ne tient pas. Il n'est pas pertinent de comparer les changements climatiques passés – naturels, très lents, et aux conséquences plutôt favorables à l'homme – au changement climatique actuel – causé par l'homme, rapide, et aux conséquences plutôt néfastes.

    La position "le changement climatique c'est très bien ou c'est indifférent" occulte complètement :

    a) à quel point les sociétés humaines sont dépendantes de leur environnement et notamment du climat (autre croyance des climato-sceptiques : nous vivons "hors-sol").

    b) notre capacité à nous adapter au changement dans le temps "imparti".

     

    J'ai vu en librairie il y a quelques années l'édition française d'un rapport commandé par la Maison Blanche. Ce rapport véhiculait l'idée (basée sur des études scientifiques ?) selon laquelle les Etats Unis seraient encore plus les maîtres du monde grâce aux changement climatique, du fait notamment d'un accroissement des rendements agricoles sur le sol américain. God bless America !!

    Pour moi :

    a) Oui, il y aura certainement des conséquences positives au changement climatique à certains moments ou endroits du monde (ex : une grosse récolte ici et un ravage total des cultures là bas 2 mois après). Mais ce que j'ai lu et entendu sur le changement climatique c'est que les conséquences néfastes pour les sociétés humaines emportent largement le morceau. Pas de consolation à avoir donc.

    b) Les changements climatiques de l'histoire de la Terre, se sont déroulés lentement, sur des dizaines de milliers d'années. Ici je pense qu'en tant que changement rapide, le changement est forcément néfaste. Ce n'est pas une hostilité de ma part au changement en général ! Le problème c'est que le changement climatique actuel sera trop rapide pour que nos sociétés puissent s'y adapter convenablement. A moins de...

     

    "Les vrais problèmes sont ailleurs."

    "D'autres problèmes très concrets ne sont-ils pas prioritaires ? (la faim dans le monde, l'accès à l'eau potable, le sida ou le paludisme et leurs millions de victimes...)."

    A cela je veux répondre 2 choses.

    a) S'il y a bien quelque chose de concret, c'est le climat ! (ne parlons-nous pas chaque jour du temps qu'il fait ?). Je concède que le changement climatique, dont les effets s'apprécient avec le temps, à l'horizon de quelques décennies, peut présenter un caractère abstrait. Mais, comme pour bien d'autres sujets (les politiques en matières d'éducation, de santé publique et d'économie par exemple), il faut arriver à penser sur le long terme ; à ce que sera la situation dans 30 ans si on ne fait rien ou si l'on fait quelque chose. Il faut se baser sur une analyse de la situation actuelle, et se fier aux experts pour décider aujourd'hui pour demain (comme le fumeur se fie aux prévisions de son médecin sur ses risques de cancer à terme ; aujourd'hui il n'est pas malade, mais dans 20 ans très probablement).

     

    b) La question de la priorité des problèmes est une bonne question dans l'absolu. Mais :

    b1) Je ne crois pas du tout à l'idée que la prise en compte du changement climatique viendrait subitement sur le dessus de la pile, et empêcherait la résolution des autres problèmes. On peut même constater qu'après plus de 60 ans de "développement" les autres problèmes concrets qui sont évoqués (faim, paludisme...) ne sont toujours pas résolus. Si on avait voulu les résoudre on s'y serait peut être pris avant, non ? En avons-nous vraiment la volonté ? (collectivement : dirigeants et dirigés)... Notamment la faim dans le monde5. Ce problème n'a pas été résolu parce que l'on ne s'est pas attaqué à ses causes, que l'on a pas osé remettre en cause le système qui le produit.

    b2) Il faut bien voir que le changement climatique est un problème "père" ou "souche" : il est susceptible d'engendrer de multiples autres problèmes, et de renforcer les problèmes existants, notamment la faim dans le monde et l'accès à l'eau ! (et peut être même le paludisme, si les populations de moustiques et donc la maladie remontent vers le nord et touchent une population plus importante...?). Tellement de conditions de la vie et de la survie des hommes sont liées au climat (agriculture, eau, urbanisme...), que le changement climatique est bien un problème prioritaire !

     

     

    "Les mesures prises par les gouvernement sont totalement inefficaces"

    Je suis d'accord pour dire que les mesure prises par les gouvernement actuels ne sont pas vraiment efficaces, c'est à dire aptes à conjurer le changement climatique ou à la garder dans des limites acceptables. Mais ce n'est pas une raison pour dire "il faut arrêter avec toutes ces mesures contre le changement climatique" ! Si l'on constate que les mesures sont inefficaces, il faut changer de braquet ! Cette inefficacité résulte d'ailleurs en quelque sorte du climato-scepticisme ambiant : la masse des gens n'étant pas vraiment convaincue que la réduction des gaz à effet de serre et la prévention du changement climatique constituent un enjeu de premier plan pour nos sociétés, les gouvernements ne se lancent pas dans les mesures qui seraient vraiment efficaces, celles conduisant à une transformant du système, celles s'attaquant aux sources du problème.

    "La politique française a permis d'économiser 1 heure d'émissions chinoises"

    Je l'ai lu sur un blog, sans la source de cette information. Je ne sais pas si c'est le cas ; peut être. Mais :

    a) il faudrait déjà comparer les émissions des gaz à effet de serre par habitant. Il est idiot de comparer un pays comptant 65 millions de personnes à un autre qui en compte 1,5 milliards ! (que l'on parle d'émissions de gaz à effet de serre, de production industrielle, du parc automobile...)

    b) Ce raisonnement sous-entend que la politique française de lutte contre le changement climatique n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan, et que par conséquent elle ne sert à rien. Mais, encore une fois, comportons-nous en adultes responsables et autonomes, en agissant sur ce qui dépend de nous, sans nous attacher forcément à ce que font les autres ! Chacun a à faire qu'il pense être juste. Ce n'est pas parce que mon voisin brûle ses déchets dans le fond de son jardin que je suis justifié à faire de même ! Si je crois que c'est mieux de les mettre dans la poubelle où ils seront en partie valorisés, je le fais, même si cela est plus contraignant pour moi. Et si j'ai envie d'aller voir mon voisin en lui disant que l'odeur du plastique brûlé m'incommode moi et tout le voisinage, il faut qu'avant j'aie "balayé devant ma porte" (en matière de vertu, l'exemplarité est condition certes non suffisante, mais nécessaire !). Je ne supporte pas cette pensée primaire "Pourquoi je me ferais chier à respecter les limites (par exemple de vitesses) si la majorité ne les respecte pas". Ce sont les enfants qui raisonnent comme ça. Faisons notre part (notre part de colibri dirait Pierre Rabbhi), balayons devant notre porte..

     

    "Les mesures contre le changement climatique coûtent trop cher"

    Là aussi : est-ce vraiment un argument ? Est ce parce que cela coûte cher qu'il ne faut rien faire ? Se soigner aussi, cela coûte cher ; et personne, à part les plus démunis malheureusement, ne laisse la maladie gagner du terrain sans rien faire ! C'est idem avec le changement climatique. Quand une personne dit "cela coûte trop cher", cela signifie en fait que la question climatique ne représente pas pour elle un enjeu important ; ou pas assez important ; cela ne vaudrait pas le coût. Je renvoie vers ce que je disais plus haut concernant la priorité de la lutte contre le changement climatique.

     

    Ensuite, j'ai envie de dire que voir les mesures contre le changement climatique (financement des économies d'énergie et des énergies renouvelables) uniquement comme un coût est une vision erronée de la réalité. Erreur que l'on retrouve d'ailleurs dans beaucoup d'autres domaines en politique. On ne voit le problème des flux monétaires que d'un seul point de vue6. On oublie cette simple vérité que l'argent dépensé par quelqu'un est un gagné par quelqu'un d'autre...

    Pour ce qui est de l'économie, oui, les mesures prises contre le changement climatique vont défavoriser certains secteurs (l'industrie énergétivore, les transports...), mais elles vont en avantager d'autres (les artisans de la rénovation thermique par exemple). Pour moi cela s'équilibre. Et c'est l'objet même des hommes politiques de décider ce qui est bien et moins bien, et de favoriser ce qui leur semble aller dans le bon sens.

    Par ailleurs, les climato-sceptiques devraient prendre en considération le fait que la volonté de produire en émettant moins de gaz à effet de serre, en consommant moins d'énergie, est probablement un puissant moteur d'innovation. Cela n'est-il pas positif ? (à moins que la seule innovation qui vaille soit celle qui permet aux grands groupes de s'enrichir toujours plus en nous vendant toujours plus de choses dont nous n'avons pas besoin...).

    Enfin, pour les ménages, et pour l'ensemble de la société, il faut mettre en face ce que l'on dépense et ce que l'on reçoit pour ce prix là. Des études économiques ont montré que la lutte contre le changement climatique coûtera au final moins cher que les conséquences du changement climatique (voir notamment le fameux rapport Stern paru il y a plusieurs années). La conclusion paraît alors évidente : il vaut mieux investir dans la lutte contre le changement climatique. Enfin, pour tirer cette conclusion, il faut penser à long terme (autant si ce n'est plus qu'à l'immédiat), penser à ceux qui vont venir (autant si ce n'est plus qu'à nous mêmes), et cela, cela semble difficile dans nos sociétés modernes...

     

     

    "La lutte contre le changement climatique va à l'encontre des intérêts de tout le monde"

    Contre l'intérêt des industriels et des agriculteurs, qui devraient adapter leur mode de production pour émettre moins de gaz à effet de serre, avec des conséquences en termes de compétitivité dans la grande guerre économique mondiale ; contre l'intérêt des simples individus, consommateurs, qui devraient limiter leurs déplacements, utiliser les transports en commun, ou covoiturer au lieu de se déplacer librement touts seuls dans leurs grosses voitures ; chauffer moins leurs logements ou investir dans l'isolation ; manger moins de viande, etc.

    A cela j'ai envie de répondre plusieurs choses.

    a) J'ai déjà envie de poser la question ? Même s'il n'induisait pas le changement climatique, doit-on vraiment se satisfaire de notre mode de vie ? Nous avons le confort mais sommes-nous vraiment heureux ? (à courir en voiture entre le supermarché, le travail salarié et la télévision). Il y a d'autres raisons que le changement climatique pour désirer changer "le système" et construire autre chose. D'autres choses.

    b) Ce qui est en cause, c'est le mode de vie des occidentaux d'aujourd'hui, modèle qui est devenu celui de toute la planète. Mais les occidentaux d'aujourd'hui sont-ils les seuls à prendre en compte ? Quid des occidentaux de demain, nos enfants et (futurs) petits-enfants ? Des générations futures ? Ne sommes-nous pas en train de leur gâcher la vie avant qu'ils n'apparaissent ?! Il faudrait que tous les climato-sceptiques se posent la question sincèrement, au fond d'eux. N'ont-ils vraiment aucun doute à ce sujet ?

    Quand arriverons-nous à penser sur le long terme ? Quand les économistes, les patrons et tous ceux qui pensent comme eux (surtout à droite) parlent de la "dette publique" ils s'indignent de ce que l'on va laisser comme dette aux générations futures, alors qu'il ne s'agit que de dettes en monnaie de singe7. Par contre, sur les questions écologiques, bien concrètes (la façon dont nos petits-enfants vont pouvoir manger, boire, construire...), il n'y a pas grand monde pour s'offusquer, en dehors des écologistes. C'est curieux... Comment peut-on sciemment se dire "Pour assurer notre petit confort d'aujourd'hui, notre plaisir immédiat, bouffons et salopons tout maintenant ; les suivants se démerderont" ?!

    Quid aussi des populations pauvres des pays du Sud ?8 Apparemment elles seraient les plus affectées par les effets du changement climatique, alors qu'elles ne sont pas à l'origine des émissions historiques de gaz à effet de serre accumulées dans l'atmosphère ; elles commencent seulement à se développer et à contribuer au changement climatique. Une partie d'entre elles est déjà dans la misère aujourd'hui, qu'est ce que ça va être demain ?! Dans notre occident doré (ou presque), an a le droit de penser à eux aussi !

    Au final, le changement climatique pose un problème, certes très difficile, et quasi inédit dans l'histoire : celui d'arriver à une réelle solidarité entre les peuples et à une solidarité inter-générationnelle. Personnellement je trouve ce défi assez stimulant.

    c) Je pense qu'il faut s'engager collectivement dans un changement radical de notre mode de vie. Et que ce changement est non seulement nécessaire mais souhaitable. Que l'on peut s'engager dans cette voie sans perdre au change. Que l'on peut évoluer vers un mode de vie moins attaché au matériel et à l'avoir, et plus à la qualité de vie, aux relations sociales, à l'être. C'est ce que prônent depuis des millénaires un certain nombre de sages. Un jour peut être seront-ils vraiment écoutés...

      

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    1  On retrouve plus généralement cette exigence de la certitude scientifique à l'encontre du célèbre "principe de précaution". Pour ses détracteurs, il est idiot de prendre des mesures de prévention (changement climatique, OGM, ondes électro-magnétiques...) avant d'être sûr à 100 % qu'il y a un problème. C'est toute la question de savoir à quel moment prendre des mesures ; c'est une question de curseur à placer entre l'amont – le moment où l'on a encore que des indices, de la suspicion sur le problème, et l'aval, quand le problème est déjà là et qu'il est peut être déjà trop tard pour agir efficacement...

    2  Comme en matière métaphysique ; c'est l'agnostique qui parle : pour moi l'homme ne peut rien connaître au delà de ce qu'il peut expérimenter, il n'a que la possibilité de formuler des hypothèses sur l'existence de dieu(x) et d'y croire. Mais on est aussi confrontés aux croyances très souvent dans la vie courante : quand on dit par exemple "je crois que c'est mon voisin qui a piqué le magazine qui dépassait de ma boîte aux lettres", on se base sur très peu de données factuelles, et cela ne nous empêche pas d'y croire "dur comme fer"... Le cerveau est ainsi fait.

    3  Du moins elle se pose si l'on redoute les effets du changement climatique sur les sociétés humaines, et que l'on souhaite faire en sorte d'éviter ces conséquences...

    4  L'usage du "on" est déjà significatif. Qui est "on" ?? "On" est un con !

    5  C'est principalement le système économique qui engendre encore des famines, pas un défaut de production agricole !

    6  Dans le même ordre d'idée, s'agissant des cotisations sociales dans le salariat, la grande majorité des gens parlent de "charges sociales", alors que ce n'est que le point de vue patronal de l'échange monétaire. Pour le patronat, elles sont un coût. Mais pour les salariés elles sont le gage d'une sécurisation de leur vie professionnelle, et donc un gain.

    7  Voir sur internent le petit film d'animation "L'argent dette", de Paul Grignon.

    8  Les occidentalisés du "sud" peuvent être considérés avec les occidentaux du "nord", attachés comme eux à défendre le niveau de vie matériel et l'organisation de la société qui va avec.

     

     


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