• Les quatres grandes questions

     

    Il y a selon moi quatre grandes questions essentielles qu'un individu peut (doit ?) se poser en ce bas monde. Ou plutôt quatre grands groupes de questions, à l'intérieur desquels il me semble que l'on peut ranger presque toutes les questions philosophiques.  Ces questions sont celles du rapport à soi-même, du rapport entre soi et les autres, entre soi et la nature, entre soi et l'invisible.

    Petit tour d'horizon, non exhaustif !

     

     °°°°°°°°°°°°°°°

     

    Préambule : quatre objets

     

    Étant "à l'intérieur de soi-même", je peux voir et percevoir quatre choses distinctes.

     

    Tout d'abord, je me perçois et j'ai conscience de moi-même.

     

    Ensuite, je vois bien qu'il y a moi et ce qui n'est pas moi, ce qui m'est extérieur.

     

    Et dans ce "non-moi", je peux encore distinguer deux sortes de choses : il y a ceux qui me ressemblent, les autres êtres humains, mes semblables ; et le reste, ce qui n'est pas humain.

     

    Enfin, dans ce reste on peut encore distinguer la nature et ce qui est au-delà de la nature, la métaphysique.

     

    Au final, il y a donc 4 choses que je peux appréhender :

     

    • moi-même ;

    • les autres êtres humains ;

    • la nature ;

    • la métaphysique.

     

    Je prends conscience de ces quatre choses progressivement au cours de mes premières années d'existence.

     

    Les autres

     

    Les autres, ce sont déjà mes proches (ceux qui sont près de moi, ma famille, mes amis).

     

    Viennent ensuite les autres personnes qui m'entourent, celles que je connais bien, un peu, pas beaucoup, ou pas du tout mais qui partagent mon espace de vie quotidien : mes amis, mes collègues et mes interlocuteurs de travail, la boulangère d'en bas de chez moi, la personne qui conduit la voiture qui est devant moi sur la route, l'inconnu que je croise à la poste, etc.

     

    Il y a aussi ceux – nombreux ! – que je ne croise pas, que je n'ai pas sous les yeux, mais qui existent bel et bien, je le sais ; qui vivent leur vie à eux, ailleurs, là bas, quelque part sur cette terre. Je n'en ai pas forcément conscience, mais nous sommes en relation ! Ne serait-ce que par le commerce. Je suis relié par exemple au jeune homme qui a cueilli le régime dont je mange la banane ce midi, et la femme qui a tissé sur sa machine le tee-shirt que je porte... Je suis aussi en relation avec ces personnes lointaines par les médias : si je le souhaite, ils m'informent sur ce que ces personnes vivent là bas, dans leur pays (même si évidemment c'est un point de vue partiel et partial).

     

    Je peux aussi dans l'absolu considérer ceux qui sont décédés (à commencer par les membres de ma famille) et ceux qui vont venir (les générations futures). Même s'il est plus tenu, un fil me relie à eux.

     

    La nature

     

    La nature, c'est le monde visible ou perceptible qui m'entoure. Il comprend des éléments vivants (les animaux, les plantes...) et des éléments non vivants (les rivières, le sol, l'air qui nous entoure...). Sachant que ces deux types d'éléments sont reliés par de très fortes interactions et interdépendances.

     

    Je peux voir la nature comme une entité globale qui m'est extérieure ; que je pourrais d'ailleurs, en première approche, définir justement comme "ce qui m'est extérieur". Cette distance entre l'homme et la nature se retrouve dans le terme d'ENVIRONNEMENT. La nature, ce n'est pas moi ; c'est différent de moi. Cependant, comme les autres êtres vivants, je suis moi aussi en interaction permanente avec elle ; en interdépendance. Par exemple à travers l'air que je respire, à travers la campagne où je vais me balader, la carrière dont sont extraits les matériaux dont est faite ma maison... Et au delà de ce lien écologique (voir l'article ECOLOGIE), comment ne pas sentir que je suis intimement lié à la nature, que je fais partie d'elle, que je ne peux pas m'en dissocier, que je suis comme fondu en elle ?

     

    La métaphysique

     

    La nature, c'est la phusis en grec ; d'où vient le mot physique. Au delà de la nature, il y a une part du "monde" qui existe bel et bien mais que je ne peux pas voir, pas toucher, pas sentir. Cet au delà de la nature, je l'appelle la métaphysique.

     

    Le Robert indique en effet : "métaphysique : ce qui suit / ce qui vient après les questions de physique". Cela vient après en termes d'appréhension par l'homme : on peut assez facilement appréhender la nature qui nous entoure avec nos sens ; mais appréhender ce qui est au delà est plus difficile, forcément. On ne peut le faire que dans un deuxième temps. Et encore... Encore faut-il disposer d'un sixième sens, composé d'intuition et de prémonition...

     

    Je mets dans ce mot de métaphysique une dimension mystérieuse ; non pas par penchant mystique, mais parce que cette dimension me semble inévitable : au delà de cette nature que l'on peut voir, toucher, sentir, le monde invisible est de fait mystérieux1, occulte2. Mais, en l'occurrence, cette dimension ne nous est pas cachée par quelqu'un qui voudrait nous la cacher ! Elle est cachée de fait, car trop éloignée pour nos sens.

     

    Si dans l'absolu, l'univers devrait être considéré comme une extension de la nature, en tant que somme d'éléments physiques non humains (les planètes, les étoiles, les galaxies, les comètes, les trous noirs...), je l'inclus dans la métaphysique, de par son éloignement à nos sens. Cela me paraît aussi cohérent avec le sens du préfixe méta : "qui dépasse, qui englobe". L'univers est bien ce qui englobe notre petite planète.

     

    De fait, l'univers revêt le voile de mystère propre à la métaphysique. L'évolution de notre science, de nos outils optiques terrestres et de nos moyens d'exploration ne le soulève que très lentement. Son étendue colossale fait que la quasi totalité de l'univers nous reste aujourd'hui totalement inconnue. Il peut donc nourrir toutes les conjectures et les fantasmes. Considérons par exemple qu'avant que les premiers hommes aient posé le pied sur cette autre planète, il y a moins de 50 ans, la lune avait été nimbée pendant des millénaires de tout une aura de mystère...

     

    Les quatre questions

     

    Petit aperçu – non exhaustif ! – des questions qui se posent à celles et ceux qui veulent bien se les poser...

     

    La question n°1 : quel rapport est ce que j'entretiens avec moi-même ?

     

    Question(s) d'introspection.

     

    Tout d'abord, quelle connaissance ai-je de moi-même ? Que suis-je ? Qui suis-je ?

     

    Et peut-être déjà : d'où est-ce que je viens ? D'où est-ce que je pars ?

     

    C'est ensuite la question de mon chemin de vie : qu'est ce que je fais de ma vie, de mon temps, de mon énergie ? Où vais-je, et où est-ce que je veux aller ? Comment est ce que j'y vais ? Mais aussi : qu'est ce qui m'anime ? Quel sens je donne à mon existence ? Qu'est ce qui me guide ? Quelles sont mes valeurs ? Qu'est ce qui est important pour moi ? Dans quelle mesure est ce que je maîtrise mon destin ? C'est aussi la question de la liberté et de la RESPONSABILITE3 : qu'est ce que je suis libre de faire, de choisir ? De quoi suis-je responsable ?

     

    C'est la question de la confiance en soi : quelle confiance ai-je en moi-même ? La question de la bienveillance vis à vis de moi-même (est ce que je me pardonne ou est ce que je me flagelle ?), de l'estime de soi (est-ce que je m'aime ?). La question de la sincérité avec moi-même  : est-ce que je ne me voile pas la face sur certains sujets ? Qu'est ce que je ressens vraiment ?

     

    C'est la question aussi de mon ego : qu'est ce que je fais de cette partie de moi-même ? Est-ce elle qui domine ? Plus largement, quel rapport ai-je avec les différentes parties de moi-même ? Par exemple : celle qui porte un rêve d'enfance et me pousse à l'accomplir, et celle qui, simultanément, veille à ma sécurité et m'empêche de partir à l'aventure. A laquelle des deux est ce que je prête plus facilement mon oreille ? Comment est-ce que je les concilie ?

     

    C'est aussi le rapport à mon corps (je ne le quitterai pas ! Sauf à la fin...) : est ce que je l'aime ? Est-ce que je suis à son écoute ? Est-ce que j'en prends soin ?

     

    C'est la question des peurs : de quoi ai-je peur ? En particulier, quel est mon rapport aux limites, à la maladie, à la vieillesse, à la mort ?...

     

     

     

    La finalité de toutes ces questions, c'est d'être bien dans sa peau ! En paix avec soi-même. Et d'avancer...

     

    La question n°2 : quel rapport est-ce que j'entretiens avec les autres ?

     

    (avec les autres en général ; je parle des êtres humains!)

     

    Est ce que j'aborde les autres facilement ? Est ce que je recherche leur compagnie ?

     

    Qu'est ce que je ressens en compagnie de l'autre ? Suis-je plutôt à l'aise ? Est-ce qu'il me dérange ?

     

    Est-ce que je vois l'autre plutôt comme un ami ou comme un ennemi ? Est-ce qu'il me fait peur ?

     

    Est ce que je fais attention à l'autre ? Est ce que je me soucie de lui ? Est-ce que je m'intéresse à lui ? Est ce que je le connais ? Est ce que je l'écoute ? Est ce que je le comprend ? Est ce que je m'ouvre à lui ? Est-ce que je m'en protège ? Est-ce que je l'aide quand je peux ? Est-ce que je lui veux du bien ? Est-ce que, consciemment ou non, j'adopte des comportements différents en fonction des personnes ? (avec mes proches et avec les autres ; avec les gens qui me ressemblent, qui sont de la même catégorie sociale et avec ceux qui ne le sont pas, etc.) Pourquoi ?

     

    Est ce que je sais exprimer mes sentiments devant l'autre ?

     

    Comment est ce que je gère les différences entre lui et moi ? (tempérament, idées, couleur de peau, goûts...) C'est tout spécialement la question des rapports que j'entretiens avec les personnes du sexe opposé.

     

    C'est la question de la communication, de la bienveillance, du respect, des affinités, de l'amitié, de la compassion, de l'amour, de la confiance, de l'ETHIQUE, de la xénophobie, de la tolérance, de la coopération... La question de l'égoïsme et de l'altruisme.

     

    C'est aussi : qu'est ce que je fais avec l'autre ? Qu'est ce que je construis ? Comment vivons-nous ensemble ? Qu'est ce que l'autre m'apporte ? Quels besoins les autres nourrissent-ils chez moi ? Et, réciproquement, qu'est ce que je leur apporte ? Qu'est ce que je donne ? Qu'est ce que je transmets ?

     

    C'est la question de l'interdépendance, mais c'est aussi la question des conflits dans lesquels je suis impliqué. Comment est ce que je les gère ? Comment est ce que je les explique ? Comment est-ce que j'en sors ?...

     

     

     

    Le rapport aux autres, c'est aussi mon rapport aux groupes, formels et informels (ma famille, un groupe d'invités dans une fête, l'entreprise dans laquelle je travaille, l'équipe ou l'association à laquelle j'appartiens, mais aussi la foule, la nation, l'humanité...). Quels sentiments est ce que je ressens au sein du groupe ? Appartenance, confiance, bien-être, puissance... ?

     

     

     

    L'enjeu de ces questions, là aussi, c'est d'être bien ! De tendre vers une relation apaisée et agréable avec les autres. Vu leur nombre, cet objectif ne peut être qu'une nécessité !

     

    A l'échelle d'un groupe ou d'un peuple, cette question devient : quels rapports entretenons-nous avec les autres groupes ou peuples. C'est la question du vivre ensemble, de la paix, de la violence, de la solidarité, de la politique, de la régulation, de la loi, de la justice, de l'éducation...

     

    Pour poursuivre la réflexion sur le rapport à l'autre, voir aussi les articles : Altérité et La règle d'or

     

    La question n°3 : quel rapport est ce que j'entretiens avec la nature ?

     

    La question du rapport personnel que l'on peut avoir avec la nature a été peu étudiée, il me semble. C'est regrettable. En fait, les questions que l'on se peut se poser par rapport à l'autre (être humain) peuvent se poser vis à vis de cet autre qu'est la nature. Reprenez-les questions du point n°2 et transposez-les à la nature, vous verrez : la plupart d'entre elles font sens.

     

    A l'échelle d'un peuple ou de l'humanité dans son ensemble, la question du rapport à la nature c'est la question fondamentale de l'ECOLOGIE. Rapport dans lequel l'extériorité supposée de la nature est essentielle : la nature est-elle vraiment quelque chose d'extérieur, que l'on peut dominer, exploiter ou souiller indifféremment ? Ou est-elle une partie de nous, dont on doit prendre soin ? (pas tant dans une posture utilitariste que dans une posture de respect)

     

    L'enjeu de ces questions est celui d'une relation équilibrée, apaisée et durable avec la nature. Enjeu qui est, lui aussi, incontournable !

     

    La question n°4 : la question métaphysique

     

    La grande question pour un individu c'est de se demander ce qu'il y a au-delà de la nature, ce qu'il y a dans l'univers, et dans le monde invisible4.

     

    Est ce qu'il y a eu un commencement ? Est ce qu'il y a une structure, un ordre, un plan, une dynamique, un but, une fin, une intelligence ou une force (forcément supérieures à la notre...) qui anime et dirige tout cela ? Y a-t-il un Dieu, des Dieux, une énergie suprême, des âmes, des anges, des démons... ?? Y a-t-il de la vie ailleurs dans l'univers ? Et la grande question : pourquoi est ce que tout cela existe ?!

     

    Plus concrètement, et indépendamment de ce à quoi je crois, je peux me demander aussi quel rapport est ce que j'entretiens avec le monde invisible dans lequel je baigne ? En quoi ce que je peux savoir, percevoir, imaginer ou croire à propos du monde invisible influe-t-il sur ma conduite, mes décisions au quotidien, sur ce que je fais de ma vie ?

     

    Conclusion

     

    Même incomplet, cet inventaire peut donner le vertige... Pour ceux qui, comme moi, n'auraient pas fini de répondre à toutes ces questions à la fin de leur vie, demandez un deuxième billet...

     

     

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    1 Mystère : "ce qui est (ou est cru) inaccessible à la raison humaine".

     

    2 Occulte : "qui est caché".

     

    3 Liberté et responsabilité sont les deux faces d'une même pièce, dont le corps est la conscience. Ma conscience.

     

    4 A ces grandes questions il n'y a pas de réponse absolue. Je suis pour ma part dans une posture agnostique : je crois que "tout ce qui est au-delà du donné expérimental [tout ce qui est métaphysique] est inconnaissable" (toujours le Robert). On ne peut pas le connaître, on ne peut pas être sûr. Par exemple, on ne peut pas être sûr que Dieu existe. on ne peut pas le décrire comme on peut décrire les phénomènes physiques de la nature. On ne peut qu'imaginer, émettre des hypothèses, des conjectures. Sachant que chacun a son hypothèse, son propre "point de vue sur l'invisible". A partir d'une réalité unique, il y a une multiplicité de points de vue, de croyances. Oui, de croyances, disons le mot ! Ce n'est pas péjoratif ! Ce n'est pas un gros mot ! Les croyances pour moi sont justes des affirmations que l'on ne peut pas démontrer. Par conséquent, la métaphysique est typiquement l'univers des croyances. Il est tout à fait normal d'avoir des croyances, on ne peut pas faire autrement ! En revanche j'aimerais que chacun ait l'honnêteté de reconnaître que ses croyances sont des croyances, et pas la vérité absolue. On peut être convaincu, pénétré de ses croyances, y être fermement attaché, y croire dur comme fer... mais il faudrait avoir cette honnêteté, cette humilité de relativiser ses croyances. Et, par suite, il faudrait tolérer aussi les croyances des autres, les croyances différentes des siennes. Oui, je sais, je rêve...

     

     


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